La mode du story telling veut que chaque dirigeant d'entreprise ait une histoire à raconter à vendre. Souvent ces histoires épurées sonnent faux ou sonnent creux. Aussi, comment souvent en communication, il est utile de revenir à la réalité. Pourquoi devient-on réellement entrepreneur ? Question cruciale à laquelle répond Hassan Hachem, un véritable entrepreneur franco-libanais qui a réussi dans les domaines de l'architecture, du BTP et de la distribution en Afrique.

 

Hassan Hachem, qu'est-ce qui vous poussé à devenir entrepreneur ?

Hassan Hachem

Je me demande effectivement parfois pourquoi je suis devenu entrepreneur. On me le demande parfois aussi, comme vous, mais la réponse ne coule pas de source  : pour certains, la création d'entreprise est un projet mûrement réfléchi, intellectuellement parlant.

Pour moi, l'entrepreneuriat est une question d’instinct. A un moment donné, pour réaliser les projets, j'ai eu besoin de créer une entreprise. Je l'ai fait car c'était, en même temps, la condition et le besoin pour que ces projets se mettent en place. J'étais jeune et je n'avais pas d'aversion  pour le risque, et à tout le moins, conscience de celui-ci. Donc, comme on dit, j'ai « foncé » sans me poser trop de questions. Et c'est presque devenu une habitude que de créer tout seul ou en association, une nouvelle entreprise lorsque j'initie ou lorsque j'interviens dans un nouveau projet.

Vous êtes donc devenu un entrepreneur par nécessité ?

Hassan Hachem

Non, j'ai fait un choix. Vivre, c'est faire des choix en permanence. Je voulais réaliser des projets, construire des choses sans me poser la question de savoir si j’ avais les moyens de mes ambitions. Car c'est la question centrale : quelle ambition ai-je  dans la vie? Je voulais faire autre chose que de contribuer marginalement au développement d'entreprise. Je voulais avoir un rôle moteur, avoir un pouvoir de décision pour influer sur les choses, être libre de lancer plusieurs projets en parallèle. Quel que soit le pays (Liban, Sénégal, Guinée Equatoriale, Cameroun, R D du Congo), c'est difficile pour un salarié d'avoir des activités aussi complexes. Lorsqu'on a la fibre entrepreneuriale, le choix est vite fait.

Quand avez-vous eu la certitude que vous étiez fait pour être entrepreneur ?

Hassan Hachem

Comme je vous le disais, je pense qu'à la base de l'entrepreneuriat, il y a l'ambition de réaliser des choses importantes pour soi.  Après, avec le temps, lorsque l'on s'est prouvé que l'on méritait ses galons, le rôle de l'entrepreneur ainsi que son état d'esprit évoluent. On doit être  davantage gestionnaire et se projeter dans le temps qu'auparavant.  Là encore, il s'agit d'un choix. Certains créateurs d'entreprise préfèrent revendre leur(s) société(s) afin de créer et de s’investir dans de  nouveaux projets, sans avoir à gérer les autres. D'autres comme moi, préfèrent organiser la gestion de ce qu'ils ont créé. Là encore, c'est une question d'ambition : que veut-on faire, que veut-on réaliser et est-on capable de se donner les moyens d'atteindre des objectifs ?

Pour conclure cet entretien, que pourriez-vous conseiller à un entrepreneur ?

Hassan Hachem

Sur le sujet de l'entrepreneuriat, il y aurait beaucoup à dire, mais sur le sujet de la motivation de l'entrepreneur, voici trois conseils simples : si vous réussissez en tant qu'entrepreneur, faites le point au bout de quelques années de vos motivations profondes et du niveau de satisfaction que votre vie d'entrepreneur vous apporte. Cela vous aidera à faire évoluer votre carrière de façon à ne pas vous retrouver dans une situation d'usure au bout de dix  ou  quinze ans. Deuxième conseil : entretenez votre motivation. Avec le temps, les épreuves, les éventuels échecs, l'entrepreneur doit avoir un solide mental. Pour nourrir ce mental, il faut se motiver en permanence, en se fixant sans cesse de nouveaux défis, en se rappelant pourquoi on fait des choses, en ne regardant pas trop ce que font les concurrents, en ayant une vie équilibrée afin de pas être trop tiraillé entre entreprise, obligations familiales, passions personnelles... Enfin, il est important de se fixer des objectifs de long terme : ils permettent de garder le cap, mais aussi d'apprécier ce que l'on fait. La nature humaine est ainsi faite, cherchant  toujours à avoir plus.  Pour moi, les personnes les plus heureuses sont celles qui apprécient ce qu'elles ont à leur juste valeur, ce qu'elles ont fait de leur vie, mais aussi les souvenirs qu’elles laisseront. Cela permet de relativiser pas mal de choses et de ne pas s'égarer, ce qui est assez facile lorsque l'on est pris dans la tourmente du monde des affaires.

Merci, Hassan Hachem de votre témoignage.

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